Une époque de contrôle
Nous vivons dans une époque complexe, rapide, floue. Une époque de solutions instantanées, où tout semble pouvoir être optimisé, corrigé, amélioré. Nous consommons pour combler le vide et cherchons des réponses immédiates à des questions profondes.
Jamais nos enfants n’ont été aussi protégés physiquement. Nous surveillons les microbes, les virus, les risques, les chutes. Les normes s’empilent, les protocoles se multiplient, les sièges d’auto ont des dates d’expiration. Nous contrôlons l’environnement avec une rigueur impressionnante.
Et parfois, presque plus vite que nous ne protégeons, nous étiquetons, TDAH, TSA, trouble oppositionnel, trouble anxieux, trouble de l’humeur, douance.
Nous cherchons à comprendre, à aider, à intervenir. Mais trop souvent, nous tentons surtout de corriger l’extérieur avec des solutions extérieures.
Pendant ce temps, une dimension plus silencieuse demeure fragile, la sécurité émotionnelle.
Nous protégeons nos enfants des bactéries, mais pas des écrans. Et comme adultes, nous devrions peut-être commencer par reconnaître notre propre dépendance.
Nous évitons les égratignures, mais leur système nerveux est exposé à une stimulation constante.
Nous voulons bien faire, mais nous oublions parfois l’essentiel, un enfant n’a pas seulement besoin d’être protégé, il a besoin d’apprendre à se réguler, à respirer, à s’ennuyer, à rêver, à se découvrir sans bruit autour. Et cela commence par l’environnement.
La surprise du marché
Lorsque j’ai lancé Oramood, je ne me doutais pas que ce petit foyer, que j’avais d’abord fabriqué pour rassurer mes enfants dans un contexte de séparation, deviendrait porteur d’une mission plus grande. Nous pensions créer un bel objet, minimaliste, apaisant.
Puis le marché nous a surpris.
Nous avons vendu plus de 8 000 foyers au Canada, et pourtant, aucun enfant ne demande un foyer en cadeau. Ironique, n’est-ce pas?
Avec le temps, nous avons compris que les familles n’achetaient pas juste un produit cute. Elles achètent un espace. Un point d’ancrage, un prétexte pour ralentir, un cercle symbolique qui rassemble.
Et souvent, il faut le reconnaître, ce foyer fait autant de bien aux parents qu’aux enfants, peut-être même davantage.
Le pouvoir d’un espace simple
Le feu nous rassemble depuis toujours. Les anthropologues l’ont montré, autour du feu, l’humanité a appris à parler, à écouter, à créer du lien.
Dans une culture d’hyperstimulation et d’écrans omniprésents, cette lenteur devient précieuse. Un foyer Oramood n’est pas interactif. Il n’y a pas de bouton, pas de performance, pas de dopamine. Il est simplement là. Et peut-être que, dans cette simplicité, réside sa force.
C’est peut-être cela que le marché nous a enseigné, les familles ne cherchent pas un gadget de plus. Elles cherchent des repères, pas un écran supplémentaire, pas une stimulation de plus, un lieu.
Ralentir comme acte d’innovation
Le futur d’Oramood sera inspiré par cette leçon, plus de repères, plus de simplicité, plus de durable, plus de « low tech », plus de vrai.
Mathieu Cloutier
Fondateur Oramood